Né quelque part

Sbah Al Kheir Jida
Je sais que toi et moi nous n'avons pas vu le jour au même endroit
Tu es née quelque part dans un village au milieu des montagnes
Et moi quelque part dans un hôpital au sein de la République de Marianne
Je sais aussi que, mes paroles ne t'atteindront pas
Que nous ne parlons pas le même langage
Je tente néanmoins ma chance,
Car mon coeur est lourd
Mon problème est que je me complais dans l'insuffisance
De tes silences, de tes discours
Mais il est temps de changer
Pour commencer, comment as-tu pu laisser,
Ta propre chair, ne pas me léguer notre si belle langue, ne me laissant ainsi aucun moyen de communiquer
Millénaire et ancestrale
En voie de disparition à l'instar du Cobra Royal
Mais plus important, moi dans l'incapacité de te parler de mes rêves et espoirs
Toi dans celle de me conter tes histoires, tes mémoires
Qui était ton premier amour de jeunesse ?
T'es tu approchée des déboires dans l'allégresse ?
Je ne me permettrai certes point d'aborder ces sujets
Nous restons africains, par conséquent, mes questions, je tairai
Disons juste que je suis inquiet, car je pense connaître ton avis
À tes yeux, je ne suis probablement qu'une déception, qu'un gaouri
Un enfant ingrat, qui n'en a que faire de la sueur et des sacrifices
Qui ont été fait pour offrir une meilleure destinée à tes petit fils
La traversée de la Méditerranée, l'abandon de ta famille, de ton foyer
Tout ça pour être parquée avec un tas d'autres immigrés,
Survivant au froid sans parka, et un départ non imminent
3 chambres, 8 enfants
3 lits et un seul parent
Le bruit et l'odeur en fond politique
Nous nous détournerons de la polémique, en essayant d'éviter une fin tragique
À mille lieues de notre terre d'origine
Loin du tombeau de nos fiers moudjahidines
Tu dois sûrement te dire que je suis indigne de ton éducation
Cependant
Que les apparences ne t'induisent pas vers de telles accusations
Mon âme veut que je te dise, que je suis ici pour une plus grande mission
O chère aïeul, sache que mes ambitions sont en ébullition et que je ne laisserai pas mes inhibitions ralentir tes bénédictions
Maintenant si tu le permets, je m'adresserai à ta terre de naissance, ta nation
mon cher pays, ma douce et légère Algérie
Toi pour qui je ne suis qu'un inconnu dans la nuit
Je sais que je n'ai pas embrassé ton héritage
Que je me suis laissé séduire par l'Occident et ses clivages
Je mérite ton courroux et ta colère
Mais tu dois comprendre qu'ici, dans le pays de Molière
Se trouver est difficile
Laisse moi être un peu plus clair, un peu plus limpide
Étant jeune, on nous a fait comprendre qu'être l'un de tes enfants étaient une disgrâce
Que nous devions nous faire discret, que nous ne méritions pas notre place
Mais quelle audace émane de ces truands
Qui ont pillé tes ressources
En prétextant venir à ton secours
Ils voulaient soi-disant ramener la civilité
Au sein de ton peuple et de ta société
Ils te regardent de haut et te prennent pour une arriérée
Malgré tout ça, sous notre voix et notre pression, ils viennent aujourd'hui te demander ton pardon
Alors que l'on aperçoit encore les blessures sur les combattants de ta nation
Les points de sutures sur les figures de toute une génération
Comme si cela ne suffisait pas, ils ont fait rimer ton nom avec vol, vice, et viles violences
Ils nous ont dit que l'on était destiné à rester dans l'ignorance
Que les études supérieures serait une montagne infranchissable
Que l'ascension de la société serait irréalisable
Pendant que les autres enfants auraient droit à des cours privés
Accès aux meilleures écoles, l'ENA ou HEC
Voyage aux Maldives, tous les étés
Toi tu resterais dans ton ghetto, dans ton taudis, affrontant toutes les intempéries
Seul et sans équipement fourni, ne te laissant ainsi aucune chance de survie
Et tu te noierai comme nos frères désespérés
Ceux qui sont venus pour un Eldorado
Affrontant vents et marées
Entassés sur un maigre radeau
Avec la promesse d'un espoir, d'un renouveau
Si seulement ils savaient qu'ils changeaient juste de bourreau
Tout n'est certes pas entièrement sombre et obscur, je te l'accorde
Notre venue n'est pas totalement synonyme de mauvaise augure ou de discorde
Mais si l'on veut être honnête,
Nous savons que beaucoup d'entre de tes fils connaîtront un destin funeste
J'ai pour exemple le 17 octobre 1961
Où votre beau pays, votre belle police a pris la vie de 200 algériens
Tous balancés dans la Seine tels de vulgaire détritus
O grand général de Gaulle, ces derniers ont fui la misère et toi comment les traites tu ?
Comme de la chair à canon, car non jamais nous n'oublieront
Votre fameuse grande guerre, où vous nous avez utilisé
Avec nos frères, les tirailleurs sénégalais
Comme des sous-etres, nous envoyant tous vers une fin funèbre
Je naborderai même pas le cas d'Adama, ou celui de Ziyed et Bouna
Je pense qu'Assa Traoré est, sur le sujet, bien plus éloquente que moi
Sais-tu que pour parler de nous, les médias
Utiliseront des termes comme
Le , le bougnoule, le métèque, enfin bref, le paria
Et qu'Une grande partie de ta descendance est ici associé avec décadence et délinquence
Et même si, il est vrai que ces derniers ont une légère tendance à arborer
Notre drapeau orné d'une étoile et d'un croissant, un tout petit peu trop souvent
Leur traitement est nonobstant aberrant
Même si plus rien ne m'étonne depuis l'époque de Mitterrand
Néanmoins, qu'ils ne se méprennent pas
Cette fierté dont fait preuve notre diaspora
N'a d'égal que l'honneur de nos valeureux soldats
Ainsi que celle de la grandeur dont tu as fait preuve tout au long de ton histoire
Fière alliée des Black Panther et du Che Guevara
Tu ne t'es jamais laissé faire
Même face à l'homme blanc
Démontrant une attitude exemplaire
Combattant de front tout l'Occident
Menant ainsi la danse de la persévérance durant toute la guerre d'indépendance
J'espère que tout ces clichés ne t'ont pas fait douter de toi
Car sublime et splendide tu es
La richesse de tes paysages met tout mon être en émoi
Et je n'arrive point à m'y habituer
Entre Montagne, mer et désert, là où les éléments se déchaînent
Sans même mentionner ton patrimoine culturel
Je deviens vite présomptueux quand je me rappelle
Que j'ai l'immense chance que mes ancêtres soient nés quelque part sous ton somptueux ciel